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Relier son histoire familiale à la grande Histoire

Relier son histoire familiale à la grande Histoire

Raconter son histoire familiale, c’est reconstituer des parcours plus ou moins anciens, évoquer des faits personnels ou familiaux, reconstitués grâce à des recherches ou basés sur ses propres souvenirs. Faire le lien entre ce récit et les événements de la grande histoire peut être simplement vouloir dire “rendez-vous compte, il y étaient”.

Mais si vous souhaitez donner du corps à votre histoire familiale et vous détacher des énumérations généalogiques, il est essentiel d’étayer régulièrement votre narration de rapports aux grands faits historiques, et de mettre en perspective certains faits anodins pour notamment expliciter l’impact du contexte général sur ces vies anonymes.

Exemple : François Damien, né à Paris le 30 avril 1826, puis marié à Paris le 21 juillet 1855 avec Madeleine Guichard. Il est décédé à l’âge de 45 ans – décès prématuré dont les archives taisent la raison, mais dont la date sonnera de manière particulière à tous les connaisseurs des archives parisiennes – le 9 mai 1871, soit quelques jours à peine avant la “Semaine sanglante” du 21 au 28 mai 1871. Si l’on y ajoute la précision de son dernier domicile – rue faubourg saint Antoine dans le 11e arrondissement, proche des tous derniers combats – l’évocation de ce modeste peintre en bâtiment prend une autre dimension en regard des événements de la Commune de Paris cette année là

Dans votre généalogie, vous collectionnez les informations récoltées au gré de vos recherches dans les registres de l’État ou des paroisses. Vous n’avez eu de cesse de remplir vos fiches individuelles des classiques N M D, puis vous êtes passé aux suivants et avez accumulé des milliers de dates et lieux… et acquis la conviction que jamais vous n’aurez terminé !

L’évidence est partagée par tous : la généalogie est une activité sans fin – quand vous avez épuisé les registres en remontant si loin, il suffit de continuer sur les collatéraux ou, en fonction des archives nouvellement numérisées et disponibles en ligne, reprendre votre quête de nouvelles informations sur des ancêtres identifiés depuis longtemps. Les possibilités sont illimitées. Pourtant à quoi bon récolter ces données si jamais vous ne les exploitez ?

Pour ne pas rester un collectionneur d’ancêtres et faire honneur à vos heures de recherches en partageant votre savoir et vos découvertes, commencez par présenter votre généalogie autrement que par des énumérations d’informations brutes. Pour cela, plusieurs pistes s’offrent à vous : s’attacher aux bizarreries, aux dates charnières de l’histoire, pister les changements de lieux pour en comprendre les raisons, faire le lien avec le contexte de la profession exercée par vos ancêtres.

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Faire parler les actes au delà des dates et des lieux

Les dates charnières de l’histoire

Révisez votre chronologie de l’histoire de France et partez à la recherche de ces années clés dans votre fichier généalogique pour en ressortir des anecdotes historiques mettant en perspective le parcours de vos ancêtres anonymes. Il y a bien sûr les faits à dimension nationale, comme la Révolution, mais ne négligez pas la chronologie des événements d’un point de vue local.

En croisant votre fichier généalogique avec les dates de l’histoire des lieux où ont vécu vos ancêtres, vous trouverez certainement des recoupements qui vous permettront, sinon de découvrir la preuve de leur participation à des événements particuliers, au moins d’expliciter leur contexte de vie.

Les concomitances de dates

L’analyse des dates clés des fiches individuelles de vos ancêtres doit être complétée de celle de leurs contemporains. L’exemple le plus courant étant probablement l’identification du décès rapproché d’une jeune mère et du dernier né de la fratrie, qui permet facilement d’évoquer l’hypothèse de complications d’un accouchement. Mais quand les enfants sont plus âgés et que plusieurs d’entre eux, ainsi que certains adultes qui les entourent, meurent à quelques jours ou mois d’intervalle, la piste d’une épidémie peut être explorée…

Sur des faits plus joyeux, le mariage le même jour de plusieurs membres d’une fratrie est l’occasion de décrire les traditions des célébrations communes des mariages dans certaines campagnes.

Les migrations de nos ancêtres

Aujourd’hui, dans une même vie, on peut naître à Hong-Kong, se marier au Chili et mourir dans la Creuse. Dans quelques décennies, hormis peut-être donner un peu de piquant aux recherches généalogiques, ce genre de parcours n’étonnera probablement personne. Mais si on se réfère à la difficulté que représentaient les déplacements autrefois, les raisons de grandes migrations de nos ancêtres étaient rarement anodines. Il existe des exodes massifs ayant eu lieu dans certaines régions, dont le plus connu en France est peut-être celui des Alsaciens et Lorrains en 1872.

D’une manière générale, pour des raisons diverses et à toutes les époques, des populations entières ont subi ou choisi d’exode. Chercher dans votre généalogie des distances significatives entre les lieux de naissance, mariage ou décès antérieurs au XIXe siècle sont ainsi souvent sources d’anecdotes intéressantes en regard de l’histoire de ces lieux.

Comment s’y prendre ?

La sérendipité

Oubliez la démarche logique de recherche dans les tables et des registres qui, de proches en proches, vous ont permis de remonter votre ascendance, et intéressez-vous à tout ce qui peut toucher de près ou de loin à l’histoire de vos ancêtres. Intéressez-vous à l’histoire locale, aux lieux et aux adresses identifiés dans les actes, aux métiers, sans forcément chercher à tout prix à retrouver le nom de vos ancêtres.
Identifiez des mots ou notions clés sur la région, l’époque, le métier, la situation, sur le morceau d’histoire qui vous intéresse et partez en quête de documentation ou de témoignages sur le sujet.
Cherchez des sources partout où vous pouvez : sur Internet bien sûr, mais prenez aussi conseil auprès de votre bibliothécaire, votre libraire ou interrogez encore des associations d’histoires locales. Usez de curiosité, poussez plus loin vos lectures sur les détails intrigants, recoupez les informations récoltées et vous verrez apparaître un flot d’anecdotes pour compléter votre généalogie.

La synthèse

D’une manière ou d’une autre, conservez la trace de vos lectures et découvertes, pour pouvoir y revenir ou vous y reporter si nécessaire. Tenez également à jour une liste des sujets que vous voudriez explorer. Puis, lorsque les informations récoltées vous semblent suffisantes, tentez de faire le lien entre votre généalogie et le contexte historique et local.
Dans un premier temps en référençant toutes les sources accumulées, façon “Pour en savoir plus”, mais dans une optique plus didactique pour vos lecteurs en synthétisant la matière récoltée et en explicitant le lien avec votre histoire familiale dans votre récit. Parmi ces sources, il n’y a bien souvent qu’une partie ou un détail véritablement pertinent ou intéressant – charge aux plus curieux de se référer à vos sources s’ils veulent en savoir plus.

La prudence

Enfin, sachez faire preuve de la plus grande prudence dans vos analyses et récits sur votre généalogie et les événements de l’histoire commune : il est aisé de faire des raccourcis, de s’attribuer des fausses victoires ou encore de faire des contresens. Ayez de la rigueur, comme dans l’établissement de votre base de données généalogique, et privilégiez les faits étayés aux hypothèses émises à la hâte. N’évoquez pas comme des vérités toutes faites des liens entre des événements historiques et vos ancêtres sans en avoir établi la preuve…

En conclusion : c’est ainsi que dans l’exemple de notre ancêtre parisien, sans plus d’informations précises que celles évoquées au début de ce billet, on ne peut évoquer la Commune que comme le contexte dans lequel il est mort. Émettre l’idée qu’il faisait partie des combattants pourrait une hypothèse accompagnée de son “faisceau de preuves” dans le récit de l’histoire familiale, mais l’affirmer serait alors de la romance… Vous comprendrez que dans cet exercice le généalogiste, passeur de mémoire, peut vite devenir un romancier s’il ne prête pas attention à la façon de présenter les détails de son récit familial.  

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